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Enquête sur les nouveaux riches

Depuis 2003, la Russie est secouée par les démêlés des nouveaux capitalistes russes, les oligarques comme on les appelle, avec la justice de leur pays.

Enquête sur les <strong>nouveaux riches</strong>

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Depuis 2003, la justice russe poursuit un certains nombre de nouveaux riches russes pour assassinat, vol de biens publics, association de malfaiteurs, corruption… Les oligarques russes ont accumulé une fortune colossale en quelques années avec le soutien direct du FMI, de la Banque mondiale, des gouvernements de la Triade (à commencer par les gouvernants états-unien, britannique et allemand), de grandes banques privées et de société de clearing comme Clearstream.

Ces oligarques russes sont d’abord le fruit de l’implosion du système bureaucratique de l’Est et de la restauration capitaliste de la fin des années 1980 et des années 1990.

Le gouvernement des Etats-Unis, le FMI et la Banque mondiale ont soutenu activement le président russe Boris Eltsine (et ont en partie dirigé ses pas) dans la vague de privatisation gigantesque et rapide qu’il a imposée à la Russie. Les privatisations ont constitué un pillage systématique des biens publics de la Russie au profit des oligarques et de quelques transnationales de la Triade.

Les oligarques russes ont utilisé des méthodes brutales et criminelles qui ressemblent à celles utilisées par les barons voleurs de la fin du XIXe – début XXe aux Etats-Unis. Une nouvelle fois dans l’histoire, l’accumulation capitaliste primitive s’est réalisée dans la violence et le chaos.

Mais l’histoire ne se répète pas.

Cette fois, le pillage s’est fait sous la haute protection d’organismes multilatéraux internationaux qui ont multiplié les missions d’experts économiques et les prêts multilatéraux visant à faciliter la transition d’une économie planifiée vers une économie de marché.

Joseph Stiglitz analyse avec une plume acérée la transition en Russie.

Dans les chapitres cinq et six de « La grande désillusion », il dénonce la responsabilité du FMI et du Trésor américain qui ont soutenu, conseillé et orienté les bureaucrates russes convertis au capitalisme, notamment le président Boris Eltsine.

Les méthodes employées n’avaient rien de démocratique. Les entreprises publiques ont été vendues pour une bouchée de pain.

“Le gouvernement, soumis à une très forte pression de la part des Etats-Unis, de la Banque mondiale et du FMI pour privatiser vite, avait cédé les entreprises publiques pour une misère”.

La privatisation a constitué un vaste pillage au profit des oligarques qui ont placé une partie de leur larcin à l’Ouest afin qu’il soit blanchi et hors de portée de la justice.

Un oligarque qui vient de réussir à user de son influence politique pour s’emparer de biens publics valant des milliards, en les payant une misère, va tout naturellement vouloir faire sortir l’argent du pays. Car s’il le garde en Russie, que se passera-t-il?

Il l’investira dans un pays en état de profonde dépression et risquera non seulement d’en tirer peu de profits, mais de tout se faire confisquer par le gouvernement suivant qui va inévitablement se plaindre, et à très juste titre, de “l’illégitimité” de la privatisation.

Toute personne assez habile pour gagner à la loterie mirifique de la privatisation est assez habile aussi pour placer son argent à la Bourse américaine en plein essor, ou pour le mettre en lieu sûr dans les comptes secrets des paradis fiscaux.

Le FMI et la Banque mondiale ont endetté la Russie.

Une grande partie de l’argent prêté a été détourné et est repassé à l’Ouest.

Banquiers occidentaux, oligarques et gouvernants russes se sont enrichis tandis que les citoyens russes appauvris doivent payer la note.

« Quand la crise frappa, le FMI prit la direction des opérations et il demanda à la Banque mondiale de contribuer au sauvetage ».

Le plan se montait au total à 22,6 milliards de dollars. Le FMI en fournirait 11,2 ; la Banque mondiale devait en prêter 6 ; le reste viendrait du gouvernement japonais.

A la Banque mondiale, le débat interne fut très vif. Mais en dépit de la forte opposition de son propre état-major, la Banque mondiale subissait une pression politique énorme de l’administration Clinton qui voulait absolument qu’elle prête à la Russie.

Quand on mit le FMI face à la réalité – les milliards qu’il avait donnés (prêtés) à la Russie étaient réapparus sur des comptes en banque chypriotes et suisses quelques jours seulement après le prêt – il prétendit que ce n’étaient pas ses dollars.

Ainsi en prêtant à la Russie pour une cause perdue, le FMI a endetté les Russes encore davantage.

Qui va payer les coûts de cette erreur?

Pas les hauts fonctionnaires du FMI qui ont accordé le prêt. Pas les Etats-Unis qui ont fait pression pour le prêt. Pas les banquiers occidentaux et les oligarques qui ont profité du prêt.

En prenant si fermement parti pour ceux qui étaient aux commandes quand ce processus de privatisation corrompue a créé une inégalité colossale, les Etats-Unis, le FMI et la communauté internationale se sont associés de façon indélébile à des politiques qui, au mieux, ont favorisé les intérêts des riches aux dépens du Russe moyen.

Joseph Stiglitz ajoute que la direction de la Banque mondiale lui a interdit de rencontrer l’inspecteur général de la Douma en visite à Washington pour dénoncer l’ampleur de la corruption. “A la Banque mondiale, on m’avait donné l’instruction de ne pas le rencontrer : on avait peur que nous soyons convaincus par ses propos.”

Le dossier de la dette russe, comme celui des autres Etats issus de l’implosion de l’ex-bloc soviétique, est trop peu discuté sur la scène internationale, y compris au sein des mouvements progressistes des pays concernés.

Et pourtant, la dette contractée par la Russie dans les circonstances décrites plus haut entre de toute évidence dans la catégorie des dettes odieuses.

Cette dette n’a pas été contractée pour mener à bien des politiques respectueuses des intérêts des citoyens, au contraire. Par ailleurs, une grande partie des prêts ont été détournés au vu et au su des créanciers.

Les créanciers (FMI, Banque mondiale, membres du Club de Paris, créanciers privés) connaissaient les pratiques délictuelles, voire criminelles, des emprunteurs. Si les citoyens russes se dotaient à l’avenir d’un nouveau régime, ils seraient en droit de refuser de payer la dette odieuse contractée pour financer la transition.

Lorsqu’au cours de l’année 2003, la justice russe s’en est prise aux oligarques, la grande presse occidentale (les gouvernements occidentaux aussi mais plus discrètement) a réagi en demandant de la clémence à l’égard de ceux-ci.

Marie-Pierre Subtil, correspondante du Monde à Moscou, a même écrit plusieurs articles critiquant l’offensive de la justice russe (“qui ouvre la porte à une révision des privatisations”, Le Monde, 27-28 juillet 2003) contre les oligarques même si elle reconnaît qu’ils ont accumulé leur fortune sur l’escroquerie à grande échelle.

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